Le burn-out parental : et si j’étais concerné. e ?

J’adore Antoine, mon dernier, c’est vrai qu’on l’a tellement attendu avec Marc qu’on a tendance à tout lui passer. Mais là, j’avoue, j’ai du mal à suivre avec nos deux ados en plus. Lundi soir : piscine. Mardi : piano. Le week-end : matchs de foot à droite et à gauche…  

Et mon deuxième job ? Taxi — restaurateur. À quoi il sert mon mercredi à la maison ? «  À quelle heure on mange ? » « J’ai plus de slips dans mon armoire ! » « Pourquoi tu n’as pas pris de Nutella, j’aime pas la pâte bio aux noisettes ! » « Il faut y aller maman, Jules m’attend chez lui à midi ! ». 

Sauf que là, depuis quelques mois, je sature… Ras-le-bol… L’impression d’être au bord du gouffre… Une paire de chaussettes dépareillée par terre dans la chambre d’Antoine ou un pipi mal dirigé qui atterrit sur la lunette des toilettes me font hurler ! La voisine va finir par appeler une assistante sociale si ça continue !

Mon modèle de mère idéale s’est effondré en quelques mois, l’éducation positive et bienveillante, on reste calme dans tous les cas, surtout pas de punition… tu parles !!! Antoine, je rêve de le voir partir, ne serait-ce que quelques jours, pour avoir un peu de paix… Comment est-ce que je peux penser ça ? J’ai honte… D’ailleurs, Antoine, je l’ai oublié à l’école après son atelier pédagogique la semaine dernière…

Le burn-out parental : qu’est-ce que c’est ?

J’ai lu quelque part que le burn-out parental concerne 8 % des foyers, les mères comme les pères. Ça me rassure alors, il y a bien un truc qui tourne pas rond dans notre famille. Perte de sommeil, sentiment d’avoir les nerfs à vif en permanence, stress, épuisement physique et psychique, mémoire qui flanche… Ces symptômes s’immiscent progressivement dans notre vie, mais on n’y prête pas attention. L’harmonie familiale, on y tient, il faut faire un effort… Ce n’est pas grave, je prends sur moi, après tout, ça me balade d’emmener Antoine au foot dans tout le département le week-end !  

Au fond, si je me regarde dans le miroir, il faut bien que j’avoue, mon meilleur moment, c’est quand je pose la tête sur l’oreiller le soir. Plus de bruit, plus de sollicitation, plus rien à ramasser aux quatre coins de la maison ! Ouais… encore faudrait-il que je trouve le sommeil ! Je ne vais pas pouvoir continuer longtemps à ce rythme-là…

Comprendre le burn-out parental

Au-delà du constat, la première véritable étape du changement est de comprendre les racines du burn-out parental. Et pour cause, elles peuvent atteindre quelque chose de profond en nous, nos valeurs fondamentales. L’une des principales est notre niveau d’exigence envers nous-mêmes. On a rêvé de la famille parfaite, on l’a eue !!! Il faudrait que rien ne déraille… Antoine est intellectuellement brillant, bilingue, sportif et un grand pianiste ! Alors on prend sur nous, nous les mères infaillibles, les superwomen qui peuvent tout supporter… Oui, mais non ! Action ! Révisons nos exigences. Sans être une famille Groseille ou une famille Duquesnoy, « la vie n’est pas un long fleuve tranquille », et le quotidien en famille ça se gère comme le reste, et je n’en suis pas une exception. Apprendre à respecter ses limites, revoir à la baisse son modèle éducatif idéal, c’est un grand pas. Dire au revoir à la culpabilité fait aussi partie du processus. Antoine n’ira pas chez Pierre mercredi, et moi je me paie une heure de massage. J’ai honte ! Mais tant pis. Adieu la perfection ! Et Christine, ma voisine, qui me regarde en train de pester tous les matins sur le perron en attendant Antoine qui se met du gel… Au diable ! D’ailleurs, je la comprends mieux Christine maintenant, je la trouvais un peu raide avec ses filles qui devaient rentrer au plus tard à 18 heures à la maison !

C’est le moment de prendre un temps pour soi, de mettre le doigt sur tous les sentiments qui nous traversent. Comment ai-je pu en arriver là ? Un sophrologue ou un coach parental peuvent m’aider à identifier et à accepter l’impatience, la colère, la culpabilité ; à accueillir ces sentiments en étant plus doux avec moi-même, moins exigeante, pour me permettre de prendre du recul. Je pourrai changer de regard et apprendre à relativiser. C’est vrai, il est mignon Antoine quand il rentre avec ses super notes et les félicitations de Sophie, sa prof de piano. Et puis, lorsque je vois mes deux grands, finalement ils s’en sortent plutôt bien au lycée. Faudrait simplement que je recadre un peu et qu’ils contribuent aux tâches de la maison. Je l’avoue, l’autorité n’a jamais été mon fort. Mais en m’aidant à écouter mes propres besoins et mes limites, un sophrologue ou un coach m’accompagneront progressivement vers ces changements pour que je puisse (re) trouver une place plus juste dans le puzzle familial. 

Quand je pense que l’on s’est battu pour la libération de la femme, ce n’est quand même pas pour continuer à tout se taper ! Si on creuse un peu, notre couple peut être remis en question aussi. C’est vrai que Marc pourrait faire les courses de temps en temps, ça m’allègerait ! Et lorsqu’on y regarde de plus près, c’est toujours moi la méchante, il ne râle jamais quand il rentre le soir, il préfère se poser devant une série Netflix avec les enfants le temps que je cuisine…

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La charge mentale dans le couple

Quand l’un des parents a une charge mentale importante, il convient de rééquilibrer les rôles. Un psychothérapeute, un sophrologue ou encore un coach parental pourraient aussi nous proposer une alternative en groupe. Exprimer les choses à plusieurs, partager des situations communes sans préjugé, se rendre compte qu’on n’est pas seul dans ce cas et que les solutions peuvent émerger grâce à l’appui structurant d’un thérapeute… Tout ça fait du bien. Elle ne serait pas passée par là Christine, à la fois carrée et complice avec ses filles ?

Je pense aussi à ces mamans célibataires qui élèvent seules leurs enfants. Ces mères courage qui doivent tout assumer en solo, sans soutien de la part d’un compagnon aimant. Ces femmes qui courent quotidiennement et qui, une fois leurs bambins couchés, fondent, tout comme moi, en larmes. Ces mamans qui n’ont pas d’autre choix que de s’oublier totalement pour rester à flot et gérer leur petite tribu. Je pense à ces mères, mais à ces pères qui, même s’ils sont minoritaires (ils représentent seulement 15 % des familles monoparentales selon un rapport de l’INSEE), peuvent galérer autant que nous. Tout le monde peut être touché par le burn-out parental.

Trouver l’équilibre, prendre sa place dans une famille, en tant que mère, en tant que père, sous la casquette parent et dans son couple, ça fait beaucoup, mais ça se régule, ça s’apprend. Les rôles à endosser sont multiples et respecter ses limites dans chacun d’entre eux est une promesse de retour à l’harmonie personnelle et familiale. Oser en parler et vous faire aider. Après tout, 8 parents sur 100 vivent ces situations, je ne suis donc pas toute seule dans le quartier, c’est sûr !