Et si vous vous glissiez dans la peau de votre ado ?

« Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans. » Ainsi Socrate parla des adolescents des siècles avant notre ère. À l’heure actuelle, les clichés sur les adolescents ont toujours autant la vie dure. Colérique, râleur, fainéant. Les adjectifs dévalorisants ne manquent pas pour les décrire. Vous qui avez un ado à la maison, avez-vous déjà été exaspéré par les phrases monosyllabiques, les roulements d’yeux, la mollesse ? Et si nous changions de prisme et que nous nous glissions, le temps de cet article, dans la peau de notre chérubin, en plein dans l’âge ingrat ? Peut-être trouverez-vous ainsi la réponse à certaines de vos questions !

Pourquoi mon ado est-il toujours si fatigué ? 

C’est facile dès que je sors du lit, je suis crevé. Je crois que je n’aurai pas dû passer une partie de la nuit à envoyer des Snaps à Bae. 

Apparemment, les adolescents comme moi ont besoin de 9 heures de sommeil minimum. Donc si je calcule, il faudrait que je me couche à 21 heures pour pouvoir être en pleine forme à 6 h quand je me lève pour aller en cours. 

Impossible ! Je passe plusieurs heures sur mon ordinateur ou mon téléphone après le dîner, histoire de regarder un film, scroller sur TikTok ou mater la dernière vidéo de Squeezie sur YouTube. En fait, je n’ai pas envie de dormir. Il parait que c’est à cause de la lumière bleue que dégagent les écrans : elle stimule le cerveau et l’empêche de se rendre compte qu’il fait nuit. Bon, et puis, c’est vrai que des fois, la notif de mon portable me réveille en pleine nuit et je réponds vite fait. 

Mais y a autre chose aussi : je suis mal calé. Tout le monde sait que l’adolescence, c’est le grand chambardement des hormones. Mais ce qu’on sait moins, c’est que le rythme hormonal change également. Résultat, je me retrouve avec le pic de mélatonine, une hormone qui favorise l’endormissement, à 23 heures, et celui de cortisol, une hormone qui réveille le corps, à 8 heures. Sauf qu’à 8 heures, moi, je suis déjà au lycée…

Bref, je suis crevé et je manque d’énergie.

Pourquoi mon ado est-il si égoïste et impulsif ? 

S’il y a bien une chose que mes parents me reprochent tout le temps, c’est de ne penser qu’à moi et de ne pas agir en adulte. Je n’y peux rien, je n’y parviens pas ! Heureusement, la professeure et chercheuse en neurosciences cognitives Sarah-Jayne de Blakemore de l’University College of London est là pour prouver que cette attitude est physiologique.

En utilisant l’IRM, elle a découvert que le cerveau des adolescents comme le mien évolue de manière considérable en quelques années. 

Tout d’abord, il va se débarrasser des connexions synaptiques construites pendant l’enfance puisque ces dernières ne me sont plus utiles. Puis, d’autres connexions entre les différentes zones cérébrales sont créées. 

Année après année, cette connectivité se répand depuis l’arrière jusqu’à l’avant du cerveau. Les dernières parties à se brancher sont :

  • les lobes frontaux : ils sont notamment responsables du contrôle des impulsions, de l’empathie, de la gestion des émotions ou de la mesure des conséquences de ses actes ;
  • les amygdales cérébrales : véritable système d’alarme, elles sont plus ou moins bien contrôlées par les lobes frontaux et se déclenchent de manière bien plus intense sous le coup du stress que chez les adultes.

Mais le plus simple, c’est encore de regarder la passionnante  conférence TED de Sarah-Jane Blakemore.

Pourquoi mon ado est-il si influencé par ses copains ?

J’ai l’impression que mes parents sont constamment sur mon dos. À me dire ce que je dois faire, ce que je ne dois pas faire. Ils ne comprennent rien ! Rien à ce que je vis, ni à ce que je ressens.

 Heureusement, mes fratés, eux, ils me comprennent. C’est avec eux que je bâtis ma future identité sociale, que j’apprends les codes sociaux, que je me teste dans différents rôles. Bref, ils sont de véritables piliers dans ma construction. (lien vers article ado et bande de copains)

C’est aussi avec eux que je fume mes premières clopes et mes premiers joints. Ce n’est pas forcément que j’aime ça, mais ça me permet de m’intégrer plus facilement et de me plonger plus en avant dans le monde des adultes. Bon, c’est vrai également qu’un petit peu de weed avant d’aller me coucher, ça m’aide à dormir, ça m’apaise. Et le petit pétard du matin, c’est pas mal pour me calmer avant d’aller au bahut. Quant à l’alcool, ça permet de s’enjailler en soirée. 

 Bref, mes potes, c’est la vie, le sang. On est inséparables et notre relation est fusionnelle parce qu’elle nous aide à évoluer et affirmer notre propre identité, loin des attentes et exigences de nos parents.

Pourquoi mon ado ne lâche jamais son smartphone ?

Je fais partie de la génération Z. On est né avec un portable à la main, biberonné au haut débit et aux réseaux sociaux. 

Comme beaucoup d’autres, j’adore avoir accès à autant de choses en quelques clics. Sur Internet, on peut se taper des barres, apprendre et comprendre de nouveaux trucs… Bon, c’est vrai que parfois, je zone un peu sur des sites pornos, mais vous ne faisiez pas pareil avec vos vieux films sur Canal+ ?

Mais surtout ce que je kiffe, c’est de garder le contact avec mes amis à n’importe quel moment. Je peux tout leur partager instantanément : une vidéo marrante, mes derniers exploits sur Call Off, la dernière bêtise de mon chat ou les dernières fringues que je me suis achetées. Et tout cela est essentiel pour moi : cela contribue à établir qui je suis aux yeux des autres. Être populaire au sens large, c’est-à-dire me distinguer, que ce soit par mon intelligence, mon humour, mon charme, est crucial puisque c’est ce qui me permet de me construire.

La génération Z est loin d’être aussi narcissique que certains le pensent. Bien au contraire, grâce à Internet, on veut faire changer les choses. C’est pour ça que l’on s’engage contre le racisme et le sexisme. C’est pour ça qu’on lutte pour le climat. C’est pour ça que l’on rêve d’un métier passionnant. Sans YouTube et les réseaux sociaux, on n’aurait pas cette soif de nouvelles expériences et d’ouverture sur le monde.

Pourquoi mon ado râle tout le temps ?

Ouais, c’est vrai que des fois, j’abuse. Je dis constamment que c’est nul. Qu’y a pas de wifi. Qu’y a personne d’intéressant ici. 

Mes parents pensent que c’est pour les faire rager. Alors, que c’est juste que je suis frustré ou agacé. Mais ce qui m’énerve le plus, c’est quand ils essayent par tous les moyens de me prouver que j’ai tort d’être frustré. Comme s’ils pouvaient encore me dicter ce que je dois ressentir ! Je ne suis plus un enfant, j’ai ma propre personnalité maintenant et je veux me détacher de ce qu’ils pensent de moi. Puis, des fois, c’est surtout que j’ai besoin d’espace. J’ai besoin d’être seul ou avec mes copains pour me trouver, pour réfléchir.

C’est comme quand je les contredis. Je ne sais même pas des fois pourquoi je fais ça alors que je pense comme eux, c’est comme un réflexe. En fait, c’est une étape dans le développement de tout individu qui s’appelle la contre-dépendance. C’est le moment où on passe d’enfant dépendant de ses parents à l’adulte totalement indépendant. Mais avant de pouvoir y parvenir, il faut que je me libère de leur autorité. Et pour ça, je n’ai qu’une solution : m’opposer à eux. Ce n’est agréable pour personne, mais cette réaction est inévitable pour que je puisse m’affirmer et devenir qui je dois devenir.


Être un ado est loin d’être facile. Cette période de transformation, sujette aux bouleversements en tout genre, n’est pas pour autant synonyme de crise et de cris. En tant que parent, comprendre ce qu’il se passe dans la tête de son ado est déjà un premier pas. Et nous espérons que cet article vous y aura aidé. Bien évidemment, tous les jeunes sont différents : certains râlent peu, d’autres ne fument pas du tout. Ce n’est qu’une vision générale que nous vous proposons ici. Le second pas consiste ensuite à maintenir une communication non violente où la bienveillance est de mise, même s’il faut bien l’avouer, leurs attitudes peuvent parfois vous mettre les nerfs en pelote ! Et si la situation devient trop difficile à gérer pour vous, n’hésitez pas à vous rapprocher d’un thérapeute spécialisé sur Zen-people ! Il saura répondre à vos questions et vous aider à retrouver une ambiance familiale plus sereine.